Que veut dire “Manque d’attention” ?

Le bulletin tant attendu est enfin là : et vous y lisez cette phrase intemporelle qui a marqué des générations d’enfants : Manque d’attention en classe.

Que faire de cette appréciation ? Et comment aider votre enfant à la dépasser ?


Demandons tout d’abord à un enfant ce que veut dire cette phrase selon lui.

Ça veut dire que Victor il n’écoute pas assez en classe, il n’est pas concentré.
— Pierre, élève de 5ème

Aidons-nous maintenant d’un bon vieux dictionnaire : L’attention est la capacité de concentrer volontairement son esprit sur un objet déterminé. En l'occurrence, l’enseignant. Et la concentration dans le dictionnaire ? Et bien le fait de porter toute son attention sur un objet pardi ! Peu aidant ce dictionnaire … on retient que c’est une action volontaire, il faut qu’il veuille le faire, et globale, il doit ne vouloir faire que ça.

Et les enseignants, peuvent-ils nous expliquer ce qu’ils ont en tête lorsqu’ils écrivent ça ?

Il y a deux types d’élèves à qui je peux écrire “manque d’attention” sur le bulletin : ceux qui bavardent pendant toute l’heure, regardent par la fenêtre ou n’écoutent pas pendant les moments importants : ils ne sont pas attentifs à ce que je dis en classe. Et ceux qui lisent trop vite les consignes et répondent à côté. Ce sont souvent des élèves dont je pense qu’ils ont du potentiel mais qu’ils ne l’exploitent pas.
— Camilia, prof en Lycée

Première étape donc : déterminer avec votre enfant à quelle catégorie il pense appartenir, celle de l’attention écrite ou orale, et éventuellement écrire un mail ou demander un rendez-vous à l’enseignant pour confirmer que son ressenti est le bon.

Que peuvent nous apprendre les scientifiques qui étudient le cerveau et l’attention ?  Tout d’abord, que l'enfant est rassuré de comprendre le fonctionnement de son cerveau, et ses potentialités. A vous de lire les lignes ci-dessous, et de les lui expliquer ! source

  • L’attention peut se représenter comme un faisceau de lumière dirigé sur un objet ou un but parmi d’autres. A chaque instant, nous ne percevons qu’une partie de notre environnement, et nous mettons le reste dans l’ombre (volontairement ou pas).  Ca, vous pouvez lui faire comprendre en vous enfermant avec lui dans un placard avec une lampe de poche !

  • L’Homme n’est pas multitâche : il ne peut pas faire attention à plusieurs choses à la fois. Il peut au mieux basculer de l’une à l’autre rapidement. Vous pouvez chronométrer le temps que votre enfant met à passer d’une tâche (dessiner une fleur) à l’autre (chanter) et constater une amélioration du score au cours du temps (pour atteindre quelques millisecondes au minimum) mais aussi constater que faire les deux en même temps donne lieu à des erreurs.

  • Pourtant, grâce à de l'entraînement, des circuits de neurones deviennent des automatismes et nous permettent de le faire : on ne se concentre alors que sur une des deux choses : quand on récite ses cours en faisant un parcours simple dans la maison, on réfléchit aux cours, pas au parcours, sauf si le terrain nécessite de réfléchir au trajet, ou qu’on accélère, et alors on arrête de réciter. C’est parti : chaussez vos baskets, et prouvez-le à votre enfant. Vous pouvez lui faire prendre conscience qu’il se concentre sur le parcours quand il récite automatiquement le titre d'un poème mais qu'il ne peut plus le faire quand il le récite en entier. 

  • Il est temps de lui expliquer ce qu’est l’attention exécutive : celle qui permet de choisir une stratégie pour résoudre une tâche en écartant le reste. Elle permet de résister à des automatismes ou à des distractions. Par exemple, si on doit lire le mot “bleu” écrit à l’encre rouge, les deux informations entrent en conflit. L’attention exécutive va inhiber l’automatisme. Demandez lui en quelle couleur c’est écrit : il hésitera sans doute...discutez avec lui du conflit entre les deux informations.

 

Faire attention, c’est privilégier l’activation d’un réseau de neurones parmi d’autres. C’est choisir, en lien avec un objectif.

 

Il est temps d’établir un plan d’action :

- s’il bavarde pendant toute l’heure : dites lui de changer de place !

- cherchez à savoir s’il n’écoute vraiment pas ou s’il n’en donne pas l’impression : certains élèves ont des postures qui suggèrent qu’ils n’écoutent pas alors qu’ils le font.

- s’il regarde par la fenêtre : il est peut-être fatigué, établissez un bilan puis un planning de sommeil hebdomadaire.

- s’il n’écoute pas l’enseignant : dites lui de se forcer à des petites périodes d’attention, par exemple lorsque le professeur prévient que c’est une notion importante.

- s’il répond à côté à l’écrit : peut-être qu’il ne lit pas bien la consigne, ce qui est différent de ne pas la comprendre.

 

Pour aller plus loin, un excellent dossier de la fondation La main à la pâte.

 

Et n’oubliez pas : les périodes de rêverie et d’inattention sont aussi nécessaires au développement harmonieux de notre cerveau !